Jeudi 10 janvier 2008
aphrodite.jpg Mon crime, le voilà : aimer une Femme. Résumée ainsi en cette phrase, la formule peut sans doute vous faire sourire et vous déclareriez que je suis innocent. Et pourtant, ne vous y trompez pas. J'aime cette Femme, qui n'est pas mienne, et le sera jamais.

Vous dites que l'adultère n'est plus crime ? Qui vous parle d'adultère. Ce n'est pas un simple adultère. C'est autre chose. Une fantasmagorie virtuelle, là où les échines ne se laissent jamais toucher, où les cheveux ne sont qu'une couleur délicate dans un paysage sombre, où un sein n'a pas la saveur lactée qu'il laisse sur une langue fourbe.

aphrodite2.jpgJ'aime une Femme, une inconnue, une évanescence, un spasme orgasmique. Elle a un Homme. Cependant, il sait, il n'est pas dupe. Il laisse faire car pour lui l'enfermer c'est sevrer sa beauté. La savoir désirer, la savoir idolâtrer, c'est l'accomplissement d'un Art. C'est l'esthétisme de la pornographie, sale vacuité des sexes, de matières fécales et charnelles, des corps qui vibrent avant de s'entrechoquer, de se brutaliser.

C'est le trait érotique d'Elle qui en une catimini voyeuriste s'exhibe, émerge, jambes émaillées, le sexe lisse, la moue songeuse, la chevelure vénitienne, la peau pâle d'une Reine scandinave. Non d'une Déesse grecque.

C'est Aphrodite émergeant des flots. Il a réussi à la déifier, sans qu'aucun d'entre nous ne comprenne la portée du message. Cette Femme est une icône. Et voilà mon crime : aimer une image.

par Nikko publié dans : Romances libertines
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Lundi 24 décembre 2007

undefinedElle écoute une chanson de Neil Hannon. Elle est avachie dans le creux d'un sofa de cuir rouge, aux accoudoirs élimés par le temps et l'alcool. Elle fume, la tête en arrière, lâchant des voluptes rondes de fumées pesantes. Ses jambes sont rabattues sous ses fesses de sorte que ses genoux cailleux s'exhibent dans la raideur marbreuse. Son corps s'est vêtu d'une légère robe noire en soie. Un verre de Chablis joue les funambules le long de ses doigts fins et osseux. 

Elle est happée par ses hallucinations de camé, riant de ses propres silences. Sa cigarette dessine des écritures indéchiffrables par autre qu'elle, elle écrit une poésie de junkie affamée, de nymphe éthylique, d'obsédé divagante. Ces mots invisibles l'amusent, l'hypnothisent, caressent ses rêves. Elle fantasme à haute voix des pures délires érotiques. 

undefined" Tu sais, mon chérie, je rêve de toi et de moi et de jolies vacances pour toi et pour moi. Que penses-tu, mon cher, d'un long roulement sur mon corps et la pénétration d'une culture dont tu n'oses à peine imaginer les soubressauts, la tropicalité et la moiteur. Je suis certaine que cela te fait rêver, mon angelot Lancelot, non ? Je suis certaine que ces douces pensées te font chanceler." 

Elle rit, d'un long rire fragile et extatique. 

Il ne la regarde pas. Il se dirige vers le bar. Il prend la bouteille de Porto. Il l'ouvre. Il la flaire. Il la rebouche. Elle ne lui convient pas. Il tend sa main vers une bouteille de whisky. Il l'hume. Il s'en sert un verre. Il en boit une longue rasade à même la gorge. Il ne répond rien. 

"Hey, chérie ! Tu es toujours aussi sombre et mélancolique, à ce que je vois. Ma virée libidineuse te déplairait-elle à ce point ? Pfff... finalement, tu es vraiment un con !"

undefinedIl se retourne l'air un peu surpris. Il sourire, rictus narquois en coin de gueule. Il la regarde longuement. Il la dévisage. De cape en pieds. Elle le regarde, son bras gauche flottant dans le vide. Il s'adoucit en devinant la courbure de ses seins et l'électricité de ses mamellons sous sa langue. Il guette sa respiration et les mouvements qui viennent à gonfler son petit ventre. Il devine ses fesses plates, à peine échancrées par sa petite culotte noire.


undefinedIl s'approche d'elle. Il se penche vers ses lèvres. Il s'y arrête, sans même les effleurer. Elle le toise, amusée. 

"Quand partons nous alors ?"

Elle renverse sa tête en arrière, il en profite pour baiser son cou. Elle rit aux éclats. Il se redresse, vide son verre d'un trait. 

par Nikko publié dans : Romances libertines
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Mercredi 14 novembre 2007

goya2.jpgLes jours tombent et fleurissent alors de nouvelles silhouettes. Les haillons qui sont portés sont délaissés, flottent dans l’air comme des papillons acryliques, les âmes refusent de s’aventurer plus loin dans leurs désespoirs. Dans cette litanie furieuse émanent des parfums de suavité, de tentation, de perfidie sexuelle. Nul ne veut se laisser aller et pourtant tous succombent, un à un. 

Goya-3mai-copie-1.jpg  Le charme prend des allures d’exécution publique. Il n’y a d’autre volonté que celle de mourir dans l’ivresse de la révolution. Les balles fusent, les corps tombent, et c’est comme ça. Le sang s’enfuie de ces nouvelles cavités fumantes, avec l’envie de découvrir le monde et ses alentours. Un visage se penche sur les têtes brisées par l’apesanteur et pose un baiser de condoléance sur chaque lèvre bleuie. Le visage se redresse sur son corps ganté de velours noir, glisse une larme sur sa joue, penche sa tête en arrière, expire un long et triste sifflement. 

goya.jpgElle redresse sa longue robe noire et découvre sa chasteté brisée, rompue sur une peau lisse et halée. Hurlant dans le jour teinté de sombres nuées, elle glisse ses doigts un à un dans sa virginité, prenant le soin de tremper ceux-ci dans le sang des macchabées. Elle hurle à la Lune masquée sa détresse, sa haine, son désir de vengeance, pour ses frères, pour ses parents, pour ses proches. 

Elle hurle, offrant son corps au diable, ce corps au galbe sinueux, ses mamelles pissant un lait écaillé et perfide, son visage teinté du pourpre de la mort. Elle hurle que son âme restera indépendante, mais que son corps lui servira d’arme à jamais, arme destructrice, vengeresse.

par Nikko publié dans : Romances libertines
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Jeudi 1 novembre 2007
AI-LOVE-RIKKI-2-By-RIKKI-KASSO-copyright3.jpg...

- Et pourquoi donc ? Quelle est donc cette nouvelle importance que tu t'accordes ? Tu étais moribonde jusqu'alors et ainsi tu recouvres une certaine noblesse. Qu'elle est-elle, cette noblesse ? Parle !

- Je t'observe, moi-aussi, à ton insu. Je t'ai vu plus qu'à l'envie, vaquer et séduire. J'ai toujours posé un regard attendri face à tes prouesses et tes jeux machiavéliques. Tu es tout simplement superbe. Il y a tant de choses en toi fascinantes. Mais je pense que tu mérites un jeu plus complexe, plus ardu, plus inspiré, plus épicé, plus relevé.

GRACEFUL-TORTURE-BY-RIKKI-KASSO-copyright2.jpg- Ce n'est plus la jeune femme écroulée sur elle-même qui parle là. Où est la suppliante ? Quel drôle de scène me joues-tu là ? Cherches-tu à me leurrer ?

- Juste à te tester mon cher. Les enjeux sont trop importants pour moi pour que je choississe n'importe qui. Tu es magnifique. Physiquement : une belle stature froide, arrogante. Le génie dans la douceur du charmant. On sent en toi ce besoin de puissance, cette nécessité de gouverner.

GRACEFUL-TORTURE-BY-RIKKI-KASSO-copyright8.jpg- Donc, tu me noies de louanges inutiles. Je sais bien tout cela. Tu n'évoques rien que je ne saches déjà. Que veux tu ? Car visiblement il n'y a plus de jeu de conquêtes entre nous... Dis...

- Il faudra me donner quelque satisfaction auparavant, afin que je te fasse confiance.

- Un baiser ?

- Le mot est correct mais ce n'est pas l'intention que je lui en donne pour ma gouverne. Ne sois pas idiot. C'est d'un contrat dont il s'agit, pas une simple fantaisie charnelle. Tu prétends avoir accompli beaucoup d'exploits. Mais je souhaite avoir le coeur net quant à tes performances, mon cher.

RIKKI-KASSO-Picture-97-1.jpg- Alors quand veux-tu ?

- Que dirais-tu de passer un peu de temps près de moi, ce soir par exemple ? Je crois savoir que tu es un excellent jouisseur de chair, ma cuisine saura te combler.

- Soit. Je me laisse convaincre. Qu'ai-je à perdre ? Je reste sceptique quant à tes intentions.

- Mais tu ne seras pas déçu.

- Nous verrons cela.

- Tu acceptes mon invitation ?

- Oui.

Soft-and-Sharp-by-RIKKI-KASSO-copyright1.jpg- Très bien. J'espère t'ouvrir à de nouveaux délices, à de nouvelles conceptions du pouvoir.

- Je prendrai un accompte sur ce pouvoir pendant notre soirée.

- Hmmm ! Je pense que tu vas adorer.

- Nous verrons. A ce soir.


Photos : Rikki Kasso (tokyoundressed.blogspot.com)
par Der Graf Van Vizan publié dans : Romances libertines
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Jeudi 1 novembre 2007
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- Si tu en es si convaincu, viens m'embrasser ! 

- Soit... je pourrais, en effet, alors que tes yeux sont clos, que ton coeur papillonne. Je pourrais d'autant plus que ton parfum m'allèche, tes lèvres me tancent et ce minuscule grain de beauté me charme. Ton visage a quelque chose d'irrésistible pour celui qui veut se réconforter auprès de ton charme. Alors, oui, je pourrais t'embrasser. Mais non, je préfère ne rien faire, te laisser là, avec l'idée de mes lèvres qui effleurent tes lèvres, sussurer quelques doux mots à ton oreilles. J'ai envie d'une tension en toi. Une brisure prochaine. Je veux que la moindre évocation de ma présence te fasse perdre pieds. Faible, à ma merci, tu n'en seras que plus belle. 

willy-ronis1-1.jpg- Ne me quitte pas, embrasse-moi. Je n'en peux plus de ce jeu. Prends ce qui t'appartiens. Je te veux, maintenant. Tu m'as rendu faible. 

- Mais pas encore assez !

- Tu m'as conquis...

- Trop facilement pour que je poursuive ce jeu.

- Pourquoi ce jeu, alors ?

willy-ronis4.jpg- Cela m'amuse.

- Je ne suis qu'un jeu pour toi ? Rien d'autre ?

- Exactement, tu es simplement une chose ludique, une chose lubrique. Ton âme, je m'en contrefiche. Tes pensées mielleuses me laissent de marbre. Je me lasse déjà de toi. Il n'y eut aucune bataille. Certaines fois dans ma vie, j'ai eu à faire à des êtres lamentables. Tu en fais partie, pleurnicharde, suppiante. Tu n'es rien finalement. A mes yeux, mon intérêt pour toi s'est dillué. Relève-toi et va-t-en. Tu t'es vautrée dans la boue. Je n'ai plus envie de toi.

- Tu ne peux me rejeter maintenant.  



Photos : Willy Ronis
par Der Graf Van Vizan publié dans : Romances libertines
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