Elle écoute une chanson de Neil Hannon. Elle est avachie dans le creux d'un sofa de cuir rouge, aux accoudoirs
élimés par le temps et l'alcool. Elle fume, la tête en arrière, lâchant des voluptes rondes de fumées pesantes. Ses jambes sont rabattues sous ses fesses de sorte que ses genoux cailleux
s'exhibent dans la raideur marbreuse. Son corps s'est vêtu d'une légère robe noire en soie. Un verre de Chablis joue les funambules le long de ses doigts fins et osseux.
Elle est happée par ses hallucinations de camé, riant de ses propres silences. Sa cigarette dessine des écritures indéchiffrables par autre qu'elle, elle écrit une poésie de junkie affamée, de
nymphe éthylique, d'obsédé divagante. Ces mots invisibles l'amusent, l'hypnothisent, caressent ses rêves. Elle fantasme à haute voix des pures délires érotiques.
" Tu sais, mon chérie, je rêve de toi et de moi et de jolies vacances pour toi et pour moi. Que penses-tu, mon cher, d'un long roulement sur mon corps
et la pénétration d'une culture dont tu n'oses à peine imaginer les soubressauts, la tropicalité et la moiteur. Je suis certaine que cela te fait rêver, mon angelot Lancelot, non ? Je suis
certaine que ces douces pensées te font chanceler."
Elle rit, d'un long rire fragile et extatique.
Il ne la regarde pas. Il se dirige vers le bar. Il prend la bouteille de Porto. Il l'ouvre. Il la flaire. Il la rebouche. Elle ne lui convient pas. Il tend sa main vers une bouteille de whisky.
Il l'hume. Il s'en sert un verre. Il en boit une longue rasade à même la gorge. Il ne répond rien.
"Hey, chérie ! Tu es toujours aussi sombre et mélancolique, à ce que je vois. Ma virée libidineuse te déplairait-elle à ce point ? Pfff... finalement, tu es vraiment un con !"
Il se retourne l'air un peu surpris. Il sourire, rictus narquois en coin de gueule. Il la regarde longuement. Il la dévisage. De cape en pieds. Elle
le regarde, son bras gauche flottant dans le vide. Il s'adoucit en devinant la courbure de ses seins et l'électricité de ses mamellons sous sa langue. Il guette sa respiration et les mouvements
qui viennent à gonfler son petit ventre. Il devine ses fesses plates, à peine échancrées par sa petite culotte noire.
Il s'approche d'elle. Il se penche vers ses lèvres. Il s'y arrête, sans même les effleurer. Elle le toise, amusée.
"Quand partons nous alors ?"
Elle renverse sa tête en arrière, il en profite pour baiser son cou. Elle rit aux éclats. Il se redresse, vide son verre d'un trait.
Mercredi 14 novembre 2007
Les jours tombent et fleurissent alors de nouvelles silhouettes. Les haillons
qui sont portés sont délaissés, flottent dans l’air comme des papillons acryliques, les âmes refusent de s’aventurer plus loin dans leurs désespoirs. Dans cette litanie furieuse émanent des
parfums de suavité, de tentation, de perfidie sexuelle. Nul ne veut se laisser aller et pourtant tous succombent, un à un.
Le charme prend
des allures d’exécution publique. Il n’y a d’autre volonté que celle de mourir dans l’ivresse de la révolution. Les balles fusent, les corps tombent, et c’est comme ça. Le sang s’enfuie de
ces nouvelles cavités fumantes, avec l’envie de découvrir le monde et ses alentours. Un visage se penche sur les têtes brisées par l’apesanteur et pose un baiser de condoléance sur chaque lèvre
bleuie. Le visage se redresse sur son corps ganté de velours noir, glisse une larme sur sa joue, penche sa tête en arrière, expire un long et triste sifflement.
Elle redresse sa longue robe noire et découvre sa chasteté brisée, rompue sur
une peau lisse et halée. Hurlant dans le jour teinté de sombres nuées, elle glisse ses doigts un à un dans sa virginité, prenant le soin de tremper ceux-ci dans le sang des macchabées. Elle hurle
à la Lune masquée sa détresse, sa haine, son désir de vengeance, pour ses frères, pour ses parents, pour ses proches.
Elle hurle, offrant son corps au diable, ce corps au galbe sinueux, ses mamelles pissant un lait écaillé et perfide, son visage teinté du pourpre de la mort. Elle hurle que son âme restera
indépendante, mais que son corps lui servira d’arme à jamais, arme destructrice, vengeresse.