Lundi 4 février 2008
ladies.gifPermettez-moi, tout d'abord,  de vous féliciter pour votre délicieux patronyme. Adopter dès l’ouverture un tel sens de l'humour ne peut que révéler la profondeur et l'intelligence d'une personne comme vous (j'ose espérer que vous n'êtes qu'une seule personne. Dans le cas contraire, le génie de votre mascarade s'effriterait. Mais non, je ne peux le concevoir).

Dans vos nombreux commentaires abandonnés sur mon blog, j'ai cru ressentir une aigreur, un malaise, une souffrance. Je peux comprendre ces sentiments. J'ai été moi-même déçu par des proches, par leur silence et leur absence.

mia_45670e.jpgJ'ai vécu de très longs moments de solitude, où je n'avais plus foi en moi, ni en les autres. A la limite j'aurais pu rompre le lien avec mon épouse tant j'étais au fin fonds des abîmes. J'ai alors pris le temps de vomir cette bile noire, cette vomita negra. Ce ne fut pas tous les jours chose aisée. Cependant, in fine, un jour, au réveil, l'âme prend une meilleure tournure. La foi en soi-même aide à construire. Il suffit d'être honnête avec soi-même, de se donner la chance de créer, la volonté d'avancer. Il ne faut plus regarder en arrière. Certains ajoutent la notion de pardon. Elle peut être incluse dans un mode de pensées complet et rigoriste. Néanmoins, pour demander pardon, il faut éprouver de la culpabilité pour une faute ou un péché. De fait, pour accorder le pardon, il faut bien entendu écouter le murmure des âmes en peine qui éprouvent le poids de chaînes qu’ils souffrent de porter.

mia_45586e.jpgPersonnellement, j’ai souffert de cette culpabilité. Pourtant subsistait un grand dilemme intérieur : quelle était ma faute ? J’ai ressassé en moi le fil des événements de mes malheurs. Des rouages m’échappaient. L’histoire devait être belle. Elle se révéla un désastre. Les motivations de ceux qui ont sciemment tout détruits, je ne les comprendrai jamais. Ils sont à mes yeux responsables. La vie est si courte pourtant pour se laisser submerger par des vaguelettes. Alors, j’ai pris parti de voguer au large sans souci. Je vous avoue aujourd’hui adorer ce charme de l’inconnu, du vaste océan. C’est la vie.
J’ai compris qu’en l’état, je ne pouvais être coupable de quoi que ce soit. Mis à part d’être heureux. Alors, est-ce un crime ?

Si j’ai cru détecter une telle souffrance en vous, votre venin m’a semblé hors de propos dans un espace dédié à l’amour des lettres, des moments fugaces, de l’application des rêves à la vie.

mia_45762e.jpgVous parlez d’argent que l’on vous doit, d’argent qu’il ne faudrait pas dépenser. J’ai eu l’occasion, la chance merveilleuse, de découvrir des lieux magiques, certes onéreux. Donc profiter de la vie, c’est un crime à vous yeux. C’est une culpabilité bien étrange : profiter de l’instant, aimer le luxe. N’avez-vous pas goûter au luxe, vous-même ? Les personnes dont je vous parlais ci-dessus, y ont goûté à ce luxe et pourtant par frayeur de l’argent, ils ont laminé un des plus beaux jours de ma vie. Je n’y pense plus trop aujourd’hui, heureusement. Quant à cet argent dont vous évoquez le dol, excusez-moi de ne pouvoir vous aider. Il faut savoir s’assurer de nos jours. Puis-je vous donner un conseil : imaginer que cet argent que vous avez perdu a servi à une infime part de son bonheur. Et pour conclure, l’argent ne fait pas le bonheur, sachez-le.

Quand vous avez réagi à mon article sur l’hôpital Beaujon, j’ai senti une fureur, une peur également. Ces lieux sont affreux en effet.  Vous concluez sur l’absence courage et la « coolitude » d’un personnage. Je vous renvoie le compliment.

mia_45756e.jpgEnfin, il est très fastidieux de vous répondre. Vous savez, mon précieux temps. Aussi, si vous ne comprenez pas vos fautes, ne les faites pas partager à une communauté qui n’a que faire de l’aigreur. Cherchez l’origine de vos maux, les éléments déclencheurs. Votre finesse d’esprit vous a amené à dégotter un sublime patronyme. Nul doute que vous serez capables de biens d’autres choses.

Enfin, tout doit avoir un point final.


par Nikko publié dans : Gestation littéraire
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Jeudi 27 décembre 2007

racq.jpg

Les événements sont troublants, non pas inquiétants, cependant troublants. Ils prennent place à Nantes, un samedi matin pas si lointain.

 

Les étales du marché de Tallensac produisent un charme gustatif et visuel admirable. Un quotidien riche, coloré, d’une qualité indiscutable. Les poissons fleurissent sous la glace, les homards tentent d’impossibles évasions, d’admirables Saint-Jacques s’admirent dans la mire des langoustines mutines et anémiques et les boudins s’émeuvent en noir et blanc. Alors il n’est plus question de poissons, de crustacés et de palourdes en tout genre. Non, il s’agit de charcuterie et de viandes colorées. Des fromages à ma droite font tournoyer les palais vers des notes d’aridité alors qu’ils ne sont pas palpés, ni même salivés. Des fruits secs, certaines fois des confits, festoient pour un Noël enchanté, enchanteresse, merveilleux, magique.

 

Après avoir bravé le froid en intérieur, il convient de laisser derrière soi le cirque et son chapiteau pour se diriger plus haut, en empruntant successivement les rues de Tallensac et Yves Bodiguel pour tomber, au détour des formes d’une ville naguère en pamoison, sur une large place austère et glaciale, perforée de longs rails de tramway, qui offre le charme d’accueillir en son sein une brocante. La place Viarme et son histoire qui se raconte aujourd’hui sous les traits d’une foire aux milliers d’objets, tantôt branlants, tantôt poussiéreux. Ancienne place des Agriculteurs au XVIIème siècle, elle vit l’exécution du Général Charrette de la Contrie, chef vendée, en 1796. Point de sang aujourd’hui. Des fauteuils en rade de toiles, aux ressorts spéculant vers une direction bizarroïde, de larges armoires massives et impressives, des toiles méconnues et inestimables.

 

Les livres aussi. Sous la Tour Bretagne, des livres. De fausses vieilles collections modernes de Jules Vernes, des Proust à pleurer comme une Madeleine, des Dickens parfois, des Henry Miller nous sommant d’entamer un aller-retour vers New York, une Pléiade de Marx dont certaines personnes ne pourraient envisager dans leurs collections. Puis un José Corti rouge vermillon, couleur élimé par le vent et la pluie. Normal, c’est Nantes. C’est un Gracq. Normal, c’est Nantes, là également. Une main traîne sur la couverture. Je lance un tu-as-vu-un-Gracq. Elle me répond qu’il y aurait un cadeau à faire pour un ami cher avec ça. Elle me parle d’une revue. Elle me parle d’un numéro spécial.

 

Plus bas, nous crébillonons. Voilà le passage Pommeraye. Richement décoré, magnifique. J’assouvis mes envies de bulles dessinées. Nous dégotons des tee-shirts amusants. Le passage tombe sur la rue de la Fosse. Un œil sur Gautier, une coupe chez Coiffard. Fouillant, elle déniche un parler nantais. Alors, nous l’embarquons dans notre pochon. Il faut que j’apprenne à appeler un chat un chât. Nous tombons sur les collections la Pléiade. Nous tombons sur Gracq. Décidément. Elle me dit que c’est le seul écrivain qui de son vivant fut admis dans cette prestigieuse collection. Carnet de grands chemins. Puis arrivée sur les rivages des Syrtes. J’admire, même si sa forme d’une ville, pour des raisons diverses, je ne l’ai jamais lu entièrement. Par faute de plaisirs de lire, pas par faute de le lire. Des pages restent à découper. J’y reviendrai à ce bouquin. Maintenant que Nantes fait parti de ma vie. Comme Nice, comme Paris. Comme bientôt New York.

 

Ce matin, nous parcourons la Vendée. Je recherche les infos, pour le football, pour connaître le résultat d’un match au sommet. Les infos donc. Puis l’info. Sans importance, mais comme un signe d’une coïncidence. Il est mort d’un malaise dans l’après-midi d’hier, de ce samedi. Il y a comme un silence, une profonde tristesse pour un être inconnu mais qui importe, parce qu’il touche. Les mots ne sortent plus, une sorte de brisure mêlée de larmes. Nous ne gouvernons plus nos pensées qui se tournent vers un seul être.  Son évocation d’hier plonge dans un malaise, comme une prémonition morbide. Les pensées se meuvent dans une incompréhension.

 

Alors, Julien Gracq est mort hier.

par Nikko publié dans : Gestation littéraire
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Jeudi 6 décembre 2007
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Maman, pourquoi as -tu sauté une page, là ?

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{en effet, j'ai sauté une page}

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{Il essaie de lire, du Kafka, je crois, du Kafka, je suis sûr, le Procès, certainement, je reconnais la couverture, il n'arrive pas à lire, il est déconcentré par le môme qui compte. C'est horripilant, affreux, perturbant}

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Chérie, compte dans ta tête, tu gênes les gens {tu me gênes dans la lecture du dernier Gala}

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Mais, maman, je ne peux pas compter dans ma tête, je risque de tout oublier. Je ne peux pas compter dans ma tête, je risque de tout oublier. Je ne peux pas compter dans ma tête, je risque de tout oublier...

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{une femme pénètre dans la salle d'attente. Longue et blonde, elle ôte délicatement son long manteau noir. Sa coupe carré la rend plus jeune qu'elle n'est. Elle exhibe des jambes belles, gaindées dans des collants, ponctués de bottes noires. C'est un érotisme de salle d'attente. Elle vient pour être osculter. Le rêve de la voir nue. Perversité. Obnubilité de l'esprit}

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{Lecture arrêtée. A cause de la dame désirable. A cause de l'enfant autiste. Désir d'Eros. Désir de Thanatos. Désir d'irréalité.}

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par Nikko publié dans : Gestation littéraire
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Samedi 1 décembre 2007
cigarettes.jpg
Ce qui me rappelle une  question d'un de mes professeurs (droit social et législation du travail, en fait) : quelle est la différence entre légal, illégal, illicite, licite ? En d'autres termes, tout ce qui est illégal est-il illicite, et tout ce qui licite est-il légal ?

Pendant que vous me donnez des réponses circonstancées, je m'en vas fumer ma clope.

par Nikko publié dans : Gestation littéraire
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Jeudi 29 novembre 2007

arton422.gifAnd all men kill the thing they love 

By all let this be heard,

Some do it with a bitter look,

Some with a flattering word,

The coward does it with a kiss,

The brave man with a sword!


(ce texte n'est pas de moi, bien sûr, mais du garçon qui est là, un brave buveur de guiness)

par Nikko publié dans : Gestation littéraire
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